La question que chacun de nous se pose en ces moments difficiles, inquiétants, tragiques que nos populations vivent, est Comment nous en sommes arrivés là, nous Peuples du Sahel à l’histoire pétrie des valeurs de solidarité, d’amour, de tolérance et de respect de notre riche diversité culturelle.
Elle nous taraude tellement l’esprit cette question que nous n’en dormons plus. En fait nous sommes désemparés de ne pas pouvoir imaginer des solutions de sortie de crise. Terrible situation !
Aujourd’hui 21 Décembre 2019, j’ai la prétention par cette lettre de vous proposer une lecture analytique de notre situation désastreuse, sans issue à l’écoute de beaucoup de nos compatriotes qui se trompent bien sûr.
L’idée de l’écrire m’est venue le 22 Septembre 2019. Je rangeais les documents de mon oncle Ousmane BA Ministre des Affaires Etrangères de Modibo KEITA. Une photo se détacha. Elle représentait le Président d’Algérie Haouari BOUMEDIENNE assis entre mes oncles Ousmane BA et Modibo KEITA. Il n’en fallait pas plus pour me ramener à la dure réalité du Mali déchiré, et me projeter dans mon enfance faite de joie, de quiétude de la vie dans la famille, dans les rues, à l’école des années 60 où l’amour et le respect de l’autre venu de quelque horizon que ce soit de ce beau pays, étaient naturels, forts, intenses. J’avais alors rencontré de nouveaux amis comme Almiki Sidi Mohamed, Hattaye Ag Mohamed des régions du Nord, Samba Sidibé, Ousmane Ouologuem de la région de Mopti, Cheick Haidara, Sidi Sosso Diarra de la région de Ségou ….
Ce pays nous l’aimions tant et nous en étions si fiers. Il nous protégeait, nous préparait à la vie. L’éducation était de qualité à la maison, à l’école et dans la société. Ces souvenirs m’ont attristé ce 22 Septembre, le jour anniversaire de notre sortie de l’obscurité, le jour de la liberté. Mais que nous arrive- t-il ? Alors je me suis mis à écrire. J’ai hésité à le publier, puis il y a eu la lettre au Président MACRON, un coup de sang, une nuit sans sommeil.
Maintenant je me décide à vous l’envoyer ce 21 Décembre un jour sacré pour moi. C’est le jour de ma naissance. Je le partage avec :
Un grand Homme, un digne fils de l’Afrique : Thomas SANKARA. Paix à ton âme Camarade PF.
Bon anniversaire à tous les 21 Décembre.
Mes vœux aux Peuples du Sahel et à l’Afrique pour une année 2020, fin de toutes les crises sécuritaires A vous Peuple du Mali qui m’avez tout donné, je viens par la présente vous apporter ma modeste contribution à la compréhension de nos douloureux problèmes, ou tout au moins à la question Comment nous en sommes arrivés là !
Que Dieu et chacun de vous me pardonnent de la prétention que j’affiche.
Votre dévoué SISSOKO Cheick Oumar.
LE DEMON QUI TUE ET ETOUFFE LE MALI
CE QUE JE CROIS
I
La terre du Mali est souillée du sang et des pleurs de nos enfants, de leurs mères, de leurs pères humiliés, battus, affamés, tués sauvagement.
Depuis 2012, pour ne pas dire 1990 et 2006, dans les Régions de Gao, Tombouctou et Kidal, Iyad Ag Ali, les terroristes et l’indécrottable minorité de touaregs rebelles sont ensemble dans un jeu politique et militaire évident contre le Mali. Ils ont le soutien de la France présente déjà dans la première rébellion de 1963. Les dirigeants et les bailleurs de fonds de cette entreprise criminelle sont connus. Ils se tiennent jusqu’au sein de nos institutions à visage découvert. Ils sont ministres, députés, haut-fonctionnaires civils et militaires.
On se tait. On regarde et on laisse faire.
On : c’est l’Etat, les partis politiques et la société civile. Seul le peuple de Gao, toujours dans la révolte pour la dignité et la souveraineté du Mali, est resté debout sur les remparts de la Résistance, vaille que vaille !
Depuis 2015, la Région de Mopti connaît aussi une sauvagerie jamais égalée en ces temps modernes de notre ère. Massacres de populations, pillage de biens, destruction de villages, vol de bétail aujourd’hui parmi la communauté dogon, demain bizarrement dans la communauté peule, deux communautés aux liens d’interdépendance, de coexistence pacifique et de solidarité séculaires. Pendant le même temps, les scènes de violence disparaissent comme par enchantement dans les régions du septentrion malien.
Qui sont nos assaillants ? Qui tue nos enfants, brûle les femmes, les hommes après les avoir égorgés ? Qui ? Aucun indice n’a pu être trouvé pour révéler l’évidente vérité de la main des rebelles et de leurs alliés terroristes-djihadistes. Depuis des années, la Région de Mopti vit l’enfer comme auparavant les trois Régions de Gao, Tombouctou et Kidal.
On fait beaucoup de discours, beaucoup de visites, de dons et de promesses sur le terrain après les drames. Jamais avant, laissant ainsi planer le doute qui ouvre la voie aux conflits fratricides.
On : c’est l’Etat, la France et la fameuse MINUSMA. CELA NE PEUT CONTINUER !
Alors que faire ? Les yeux dans les yeux, disons-nous la vérité et prenons nos responsabilités !
Aucun dirigeant, homme ou femme, si prestigieux et si grand soit-il, ne peut venir à bout de la situation de crise, de guerre, de haine, de convoitises, de mal gouvernance, de domination que connaît le Mali tant que nous n’exorciserons pas le démon qui habite chacun de nous, qui habite notre peuple, notre terre. Qu’on en juge !
‘’ Les adultes sont devenus inconscients, cupides, lâches, apatrides.
Les jeunes n’ont plus de repères par la faute des adultes.
Les Musulmans et les chefs religieux ont tourné le dos aux valeurs positives et sacrées de l’Islam : la tolérance, l’honnêteté, la droiture, la solidarité et, par conséquent, ils se sont délibérément mis en dehors du principe absolu de soumission à Dieu.
La classe politique est sans âme ; elle se préoccupe beaucoup de défendre les intérêts des chefs de partis dont certains ont les yeux rivés sur la France’’ faiseuse de Roi’’.
II
Le ‘’ Mouvement Démocratique ‘’ continue de s’agiter, croyant encore en un rôle historique qu’il a vite fait d’enterrer dès 1992 avec l’ADEMA, en continuant la politique pro- française de Moussa Traoré, en plus des PAS – Programmes d’ajustement structurel qui ont enlevé au Mali la maîtrise de ses politiques économique, sociale, culturelle et militaire. L’armée a été sevrée de moyens. ‘’Camarades’’, nous n’avons pas été à la hauteur, loin s’en faut, nous avons développé la corruption et privilégié nos intérêts au détriment des intérêts du peuple.
Alpha Oumar Konaré, notre 1er Président élu en 1992 et 1997, se terre dans son bunker de Souleymanebougou. Il semble n’avoir rien vu ni rien entendu.
Moussa Traoré, toute honte bue, se pavane de cérémonie en cérémonie et d’un micro à l’autre, des contre-vérités historiques à la bouche. En fait, c’est lui aussi qui est à l’origine, pas si lointaine, du désastre que nous vivons. D’abord le coup d’état de 1968 suivi du 1er plan triennal pro-français de ‘’redressement national’’ 1971-1973, puis de l’émergence de la corruption, les Programmes d’ajustement structurel négociés en 1979 avec les Institutions de Bretton Woods et, et bien sûr, l’Accord de Tamanrasset 1990 avec la rébellion touarègue qui est signé au moment où l’Algérie était engagée dans une guerre sanglante avec ses terroristes salafistes. Cette Algérie avait tout intérêt à voir nos régions Nord, prolongement naturel de son Sud, dégarnies de toutes forces militaire et administrative. Ceci pour accueillir leurs ‘’fous de Dieu ‘’ que son armée cherchait à acculer à nos frontières Nord. Lisez les accords de Tamanrasset 1991, d’Alger 2006 et 2015 et le traité de paix de 1992 qui porte l’empreinte des français Edgar Pisani et Ahmed Baba Miské et mesurez l’ampleur de l’abandon par l’Etat malien de sa souveraineté pour servir les intérêts d’autres Etats, et faire le lit des rébellions à venir.
Aujourd’hui, cet Etat est cruellement carrent, avec des gouvernements pléthoriques, budgétivores et une aristocratie de l’administration civile et militaire outrageusement corrompue.
La petite minorité de touaregs MNLA est dans une culture de fourberie et de duplicité. Le MNLA, la CMA, le HCUA et le Groupe de’’ soutien’’ à l’islam et aux musulmans de Iyad AG ALI ne sont que la seule et même chose bien orchestrée dans une division du travail dans les villes de Kidal, Gossi, Tessalit et les bourgades-carrefours du trafic de la drogue que sont Tanbacort et Akabar.
Amadou Kouffa du Macina a tissé des liens avec eux. Ensemble, ils déstabilisent les quatre Régions pour y imposer ‘’ la charia’’, au moyen principalement, d’une instrumentalisation des Peuls facilitée par l’inconséquence de l’administration malienne.
La France quant à elle, est plus que jamais présente, dominatrice, arrogante, sous le regard bienveillant des Nations-Unies, comme lors de la crise récente en Côte d’Ivoire.
III
Cette France ne peut pas faire autrement. Elle a plus de 2300 milliards d’euros de dettes du Capital Financier : les Banques et Multinationales qui lui imposent leur politique de surprofits qui étouffent l’Etat français et appauvrissent les Français. Emmanuel Macron est leur ‘’machin’’ pour prendre en charge cette politique au mieux de leurs intérêts, en lieu et place de François Hollande et Manuel Valls qui furent dégagés pour incapacité notoire.
Ainsi dans la crise qui frappe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, et qui a frappé hier la Côte d’Ivoire, les enjeux économiques et géostratégiques français sont déterminants. Et surtout que, dans le même temps ,en plus des certitudes déjà établies sur l’existence et l’immensité de richesses du sous-sol sahélien et saharien, dont certaines sont connues depuis la période coloniale, les nouvelles technologies révèlent que tout notre territoire national possède un sous-sol aux potentialités minières, hydrauliques énormes, fabuleuses que la France convoite et qu’elle ne veut pas céder aux autres pays très présents au Mali : la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, la Turquie et l’Afrique du Sud, pays émergents aux dents tout aussi longues pour dépecer nos pays. Ne céder ni les terres, ni les marchés, ni les produits du sous-sol, ni l’immense étendue d’eau douce sous le Sahara et encore moins la base stratégique de Tessalit qui permet de contrôler les routes maritimes des mers et océans autour de l’Afrique, plus d’autres régions riches de ce continent comme l’Afrique centrale, voilà les objectifs de la France néocoloniale et du capital financier international en perte de vitesse.
Cette France et la Communauté Internationale, autrement dit les vieux pays industriels en état d’essoufflement, sont dans la nécessité de préserver leurs PRE-CARRES, sources de leurs richesses aujourd’hui menacées par les pays émergents, nouveaux ateliers du monde, aux économies plus compétitives. Alors elles nous agressent comme au 19e Siècle, pour mieux nous asservir et sauver leurs économies en compétition féroce entre elles, mais aussi et surtout fortement concurrencées par les pays émergents cités plus haut, la Chine en tête.
Au 19e Siècle, le développement du capitalisme avait eu ses exigences : trouver, après la traite négrière, des marchés et des matières premières. « La mission ‘’civilisatrice’’ » de l’Europe et de l’Eglise, argument fallacieux pour tromper leur opinion publique, a conduit dans le feu et le sang la politique de colonisation de nos terres.
Au 21e Siècle, le déclin des anciens empires coloniaux a aussi ses exigences : maintenir en Afrique, devenue le coffre-fort du monde de par ses potentialités, leurs « PROPRIETES DE FAIT », et dessiner une nouvelle géopolitique. « La nouvelle mission, cette fois ‘’humanitaire’’ », est en train de conduire, comme la première mission, dans le feu et le sang leur politique de recolonisation qui passe par la stratégie du chaos mise en place depuis la fin du 20e siècle.
2e PARTIE à suivre très bientôt
COMMENT VONT-ILS S’Y PRENDRE ? LA STRATEGIE DU CHAOS.